Louis-Honoré FRÉCHETTE

 

 

 

 

 

 

 

Le rêve de la vie
A vingt ans, poète aux abois,
Quand revenait la saison rose,
J'allais promener sous les bois
Mon coeur morose.

A la brise jetant, hélas !
Le doux nom de quelque infidèle,
Je respirais les frais lilas
En rêvant d'elle.

Toujours friand d'illusions,
Mon coeur, que tout amour transporte,
Plus tard à d'autres visions
Ouvrit sa porte.

La gloire sylphe décevant
Si prompt à fuir à tire-d'aile,
A son tour m'a surpris souvent
A rêver d'elle.

Mais maintenant que j'ai vieilli,
Je ne crois plus à ces mensonges ;
Mon pauvre coeur plus recueilli
A d'autres songes.

Une autre vie est là pour nous,
Ouverte à toute âme fidèle:
Bien tard, hélas ! à deux genoux,
Je rêve d'elle !

Amitié

Je connais un petit ange
Lequel n'a jamais mouillé
Sa blanche robe à la fange
Dont notre monde est souillé.

C'est lui qui donne le change
Au pauvre coeur dépouillé
Que l'amour, vautour étrange,
D'un bec cruel a fouillé.

Cet ange, qui vous ressemble,
Sous son aile nous rassemble
C'est la divine Amitié.

Son regard est doux et calme ;
Il m'offre sa chaste palme...
En voulez-vous la moitié ?

Noces de diamant

O mes chers vieux amis, à l'époque trop brève,
Et pour moi disparue, hélas ! depuis longtemps,
Où l'on voit devant soi l'avenir qui se lève
Comme un soleil joyeux sur l'azur du printemps ;

Quand j'étais jeune, enfin, j'avais fait ce doux rêve
D'une existence entière - oui, de tous les instants -
Aube sans lendemain qui commence et s'achève
Dans la naïveté des amours de vingt ans.

Je ne réclame point. La vie est bonne mère
Elle mit sur ma route, en brisant ma chimère,
Une assez large part de bonheur en retour ;

Mais sans trouver en rien la destinée injuste,
Je salue, attendri, votre vieillesse auguste
Qui sut réaliser mon beau rêve d'un jour !

Le Printemps

Voici le Printemps, la saison des roses.
Plus de rameaux nus, de gazons jaunis ;
Plus de froids matins ni de soirs moroses
Voici le Printemps et ses jours bénis.

Voici le Printemps : aux fleurs demi-closes
La brise qui vient des bois rajeunis
Murmure tout bas de divines choses...
Voici le Printemps, la saison des nids.

Enfant, tout cela chez vous se révèle ;
Chez vous, comme au sein de la fleur nouvelle,
La coupe d'ivresse offre sa liqueur.

Pour vous nul besoin que le temps renaisse
Vous avez la vierge et sainte jeunesse ;
C'est votre printemps, la saison du coeur.

 

Louis-Honoré FRÉCHETTE  

 

 

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